
Le manteau rouge
Nous avions quitté mon village natal
a mes douze ans. La grande ville
voisine, pourtant connue, me parut hostile !
Elle portait le beau nom d’un oiseau royal.
Je garde des souvenirs de pluie et de grisaille...
Une immense école inconnue, sans amies qui vaillent.
Des rues trop grandes où j'errais, anonyme branche
coupée. Et puis me reviennent nos dimanches...
O nos dimanches... Ma mère tendre et dénantie
promenant sa peine cachée sous ses jolies
lèvres peintes. Sa solitude à la mienne accrochée,
nous marchions devant les boutiques fermées.
Nous n'étions dupes ni l'une ni l'autre. Marcher
dans une ville morte, baguenauder, se sourire, admirer
des vitrines éteintes. Se heurter à des rideaux baissés.
" Ainsi, nous n'aurons pas envie d'acheter" !
Disait-elle faussement enjouée. Je riais, ou je boudais...
Ca dépendait de mes humeurs. On ne pense qu'a soi
a cet âge. Pourtant, reste le souvenir en moi,
d'une vitrine où chaque fois, elle s'arrêtait.
Ses mines de jeune fille, ses yeux plein d’éclat :
"Il est beau n'est-ce pas ?"…
Chaque dimanche elle m'emmenait l'admirer...
Ce si beau manteau rouge qui la faisait rêver !
Comment arriva-t-il sur ses épaules ?
Par quel miracle dont elle avait le secret ?
Combien de nuits à coudre ? à tricoter ?
Je l’ignore ! Je la trouvais si belle et drôle !
Quelques mois après, un deuil la rattrapait.
Le beau manteau rouge, tant convoité, devint noir...
ma maman-coquelicot avait perdu son beau regard
et sa mince silhouette ne savait plus danser
Seule, sa bouche rouge illumina parfois les miroirs.
Sept 04
à toi maman
(extrait de "une vie bien douce")
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"Les fêlures, c'est par là que rentre la lumière" (X...)
"Marche face au
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"Un homme n'est grand que lorsqu'il ne tient sa grandeur ni de l'obéissance ni du commandement" (V.Hugo)


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(photo:merci à J.F.Nottais)
(photo merci à J.F. Nottais)
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